La pensée positive ne l’est pas tant que ça

Lorsqu’on parle de psychologie positive autour de soi, on s’aperçoit rapidement qu’elle est presque systématiquement confondue avec la pensée positive. Ceci nécessite un éclaircissement.

La psychologie dite positive, lancée en 1998 par le psychologue président de l’association professionnelle la plus importante au monde en ce domaine, Martin Seligman, a pour objet l’étude scientifique des forces, du fonctionnement optimal et des déterminants du bien-être humain. Elle se construit sur des recherches scientifiques concrètes, publiées dans des revues spécialisées, révisées par les pairs, et donc conformes aux pratiques de la communauté scientifique.

La pensée positive est une affaire qui prête plus volontiers à sourire. Un peu magique, elle n’est pas un concept de psychologie, mais repose sur des ouvrages populaires internationaux de type « best-sellers », écrits par des non-psychologues. Ces ouvrages ont eu un immense rayonnement, mais ils n’ont aucun fondement solide en psychologie.

Pourtant, la pensée positive est un concept tellement familier et séduisant que tout le monde le connaît semble l’avoir déjà expérimenté. Pour obtenir quelque chose, il suffit d’y penser très fort.

De nombreux courants se réclament d’ailleurs de la pensée positive depuis le début du 20eme siècle (et vendent beaucoup de livres et de formations). La méthode Coué (de l’abbé Coué) se base sur l’autosuggestion, Norman Vincent Peal (pasteur) prône un positivisme absolu (interdiction d’utiliser la négation), Joseph Murphy recommande la répétition et la visualisation, et Rhonda Byrne (productrice de télévision) avec sa fameuse et surréaliste Loi d’attraction, en est la grande la papesse. Tout cela ne semble pas bien méchant, et on peut se demander en quoi cette discipline pourrait nuire en quoi que ce soit.

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Pourtant, la pensée positive ne l’est pas tant que ça :

1. Culpabilisante : elle stipule que la pensée est une énergie qui attire ce qui vibre à la même fréquence qu’elle : pensez et visualisez argent, sexe et fortune, et tout cela viendra naturellement à vous. (c’est le principe de la Loi d’attraction)
Donc si cela ne vient PAS à vous, c’est que vous avez faillit dans votre contrôle mental. Vous n’avez pas pensé et visualisé assez fort, assez longtemps ou avec assez de conviction. C’est donc de votre faute, et vous culpabilisez. Bien fait.

2. Nie la réalité : la pensée positive renforce le phénomène de dissonance cognitive. Nommé ainsi par le psychologue Léon Festinger en 57, ce phénomène est celui que l’on expérimente lorsque nous formulons deux pensées simultanées contradictoires. Le fumeur qui apprécie de fumer sait en même temps que cela n’est pas bon pour sa santé. Pour réduire cette dissonance cognitive, il va se persuader par auto-suggestion que fumer n’est pas si grave. Ce fonctionnement naturel du cerveau permet de prioriser les pensées contradictoires simultanées et de gérer les tensions associées. Il est donc très facile de glisser de la pensée positive à la réduction de la dissonance cognitive, pouvant aller jusqu’au déni de la réalité. Pour un malade qui doit se soigner par exemple, mauvaise idée.

3. Réduit l’estime de soi : les pensées négatives ont pour objectif, avec les positives, de nous donner un éventail allant du pire au meilleur pour analyser la réalité de notre environnement. En l’absence de son revers négatif, la pensée positive retire aux heureux événements leur saveur. Un compliment hypocrite sur un plat raté n’a pas de sens, un enfant qu’on félicite en permanence ne sait plus quand il réussit vraiment quelque chose. La pratique de la pensée positive peut égarer l’individu dans la perception réelle de son estime de soi, qui va alors, en l’absence de repères, dégringoler. Ambiance.

4. Ethiquement discutable : Pour finir, la vilaine Loi d’attraction qui régit le principe de pensée positive est profondément amorale. Selon l’effet papillon, obtenir quelque chose que l’on désire par la visualisation et la pensée positive pourrait se faire au détriment d’autrui. On choisi de vouloir quelque chose, mais pas la façon dont nous allons l’obtenir. Sympa.

Voilà. J’espère que cet article vous aura définitivement convaincu de la différence fondamentale entre la pensée positive, principe pseudo magique sans fondement scientifique, et la psychologie positive, thème de ce blog, qui est l’étude scientifique des forces, du fonctionnement optimal et des déterminants du bien-être humain.

Ce n’est pas pareil !

Si vous n’êtes pas d’accord, soyez bien sûr libres de commenter !

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