MEDIOCRE MAIS SATISFAISANT

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Chers poussins, j’ai lu dernièrement un petit livre amusant sur la procrastination intitulé « La procrastination : L’art de reporter au lendemain ». Ecrit par John Perry, un universitaire américain, sa pertinence globale atteignait vite ses limites, dès qu’elle abordait le domaine du travail hors du service public. Néanmoins, quelques éléments sont exploitables pour tous, notamment un d’entre eux, qui a été pour moi, procratinatrice de génie, une véritable révélation.

Revenons à l’origine du problème : le procrastinateur, qui a comme tout le monde des choses urgentes à faire, leur préfère toujours une tâche sans rapport, dont il se persuade qu’elle est plus importante. C’est habituellement le cas de ceux que l’auteur nomme les « procrastinateurs structurés » : ceux qui s’activent sans cesse à mille choses, mais qui rendent toujours leurs productions en retard.

La tâche la plus importante, située en haut de la liste des choses à faire du procrastinateur, permet de placer dessous d’autres tâches moins stressantes, qui vont occuper le temps et retarder le moment de « s’y mettre ». Le procrastinateur structuré n’est donc pas un feignant, loin de là, mais se mettre au travail pour ce qu’on attend de lui lui pose un problème inexplicable.

Plusieurs pistes sont évoquées :

  1. Un refus de la prise de contrôle par autrui : en retardant la mise en œuvre de la mission qu’on lui a confié, le procrastinateur garde une forme de contrôle sur une tâche subalterne
  2. Un perfectionnisme exacerbé : lorsqu’il reçoit sa mission, le procrastinateur fantasme un rendu idéal, un article parfait, un rapport stupéfiant de pertinence, qui restera dans les annales. Et c’est là que démarrent les ennuis ! En tous cas pour moi, qui me retrouve là-dedans à 100 %.

Enthousiaste, je me mets toute seule une folle pression pour élaborer un travail titanesque, au-delà des attentes. Tout d’un coup, forcément, il m’écrase et me terrifie. Résultat : je ne parviens même plus à le démarrer, et il devient la corvée tout en haut de ma liste, à côté de laquelle toutes les autres tâches deviennent plus urgentes ou plus intéressantes. Et je deviens en retard. Et le client me presse. Et je stresse. Et je rends finalement un document bâclé, hors délais, agaçant, et je culpabilise atrocement de la croûte livrée à la place de l’œuvre d’art imaginée.

Pour résoudre ce dilemme, John Perry propose une méthode blessante pour les idéalistes, mais fantastique pour la TO-DO list.

« Fournir, dans les temps,

un travail médiocre,

mais satisfaisant ». 

Médiocre ici ne signifie pas mauvais, mais simplement moyen, dans la norme, correspondant aux attentes.

Tout devient alors plus aisé, et le travail se fait plus facilement. « Dans les temps, médiocre, mais satisfaisant », est beaucoup plus efficace au quotidien que « Terrible ! Mais trop tard » ou « Magnifique ! Mais jamais ».

Arrêter de fantasmer, fabriquer du concret, du productif, et à l’heure. Tant pis pour l’excellence (rêvée), finie la culpabilité ! Bonjour les délais respectés, bonjour la confiance en soi ! Voilà la clé de mon efficacité et de ma sérénité aujourd’hui.

Pour finir, suite à ces réflexions, j’en suis arrivée à une dernière méthode, réservée aux cas désespérés ; je vous préviens, elle est de moi ! Elle consiste à se créer une tâche imaginaire plus vaste et ambitieuse (mais aussi plus enthousiasmante) que celle du travail à effectuer au quotidien. Par exemple, écrire un ouvrage de référence sur un thème spécifique, avec un angle innovant validé par une enquête minutieuse, inédite et spectaculaire. Rien que ça. Et c’est précisément à ce moment que la magie du processus naturel de procrastination se met en marche. D’un coup, les tâches du quotidien sont effectuées avec rapidité et efficacité, à la place de votre grand œuvre pourtant en haut de la liste.

Alors, procrastineurs structurés du monde, réveillez-vous !

Quelle méthode choisirez-vous pour booster votre productivité ?

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