CREATIVITE : FAIRE PLUS AVEC (BEAUCOUP) MOINS

Fixies-black

Vous connaissez les vélos fixies ? Sans dérailleurs, sans vitesses, sans garde-boue, sans porte-bagages et même sans freins. Qui voudrait d’un vélo qui n’a presque rien ? Paradoxe, ces vélos cartonnent et se vendent même très cher. Comment expliquer ce succès ? Avant d’en parler, voici un autre exemple.

En Europe, une prothèse de jambe coûte une fortune. En Inde, des prothèses pour presque rien ont été créées et permettent de marcher sur terrain accidenté. C’est l’innovation dite Jugaad : l’art de faire plus avec (vraiment) moins.

Mais pourquoi moins peut faire plus ? Revenons sur ces fameux vélos fixies.

L’avantage d’un fixie c’est justement sa simplicité. Un vélo normal, c’est beaucoup de petites pièces qu’il faut changer ou entretenir souvent. Sur un fixie, pas besoin. Pas besoin de freins, car lorsqu’on bloque les pédales, ça freine. Sa simplicité facilite l’interchangeabilité et donc sa personnalisation. On peut choisir son cadre, sa selle, ses roues et avoir un vélo unique.

Les inconvénients peuvent devenir des avantages !

Vos faiblesses peuvent devenir vos forces. Moins peut devenir plus, si on réfléchit un peu. Regardez, les consoles Wii. A leur sortie, Nintendo était au bord de la faillite. Pour survivre, l’entreprise devait innover. Jusque là, les créateurs de consoles rivalisaient de technique pour toujours augmenter la puissance et la qualité de l’image. Qu’a fait Nintendo ? Ils ont diminué la puissance, la qualité graphique, et ont cherché le plaisir du jeu ailleurs. Ainsi, ils ont non seulement relevé la barre, mais sont également devenu leader du marché.

Innover, c’est parfois regarder où personne ne veut regarder. L’innovation Jugaad, c’est regarder vers ce qui semble négatif à tous: le moins bien, le moins beau, le moins costaud, voir le moins tout court. Navi Radjou, consultant en innovation dans la Silicon Valley, est le père du Jugaad. Bien plus qu’un mouvement, Jugaad, qui signifie en hindi « savoir se débrouiller et trouver des solutions dans des conditions hostiles » est un véritable état d’esprit.

Cet indien de Pondichery est devenu célèbre grâce à son ouvrage L’innovation Jugaad, redevenons ingénieux ! (Think Frugal, Be Flexible, Generate Breakthrough Growth en VO) paru en 2013 aux éditions Diateino, pour lequel il a obtenu le prix Thinkers50 Innovation Award, qui récompense les penseurs les plus influents du monde de l’entreprise. Son livre, devenu un best-seller, a également été salué par le très prestigieux The Economist.

La théorie de Navi Radjou se répand désormais dans les entreprises occidentales. Bien souvent, des produits conçus pour les pays émergents connaissent un succès au-delà de leur marché initial. Dès 2007, General Electrics s’était lancé dans l’innovation Jugaad en commercialisant  aux États-Unis un électrocardiographe conçu en 2007 pour les habitants de villages indiens reculés. La Logan de Renault a quant à elle connu un succès énorme dans les pays développés alors qu’elle était à l’origine conçue pour les pays émergents. Le groupe allemand Siemens a lui aussi franchi le pas en créant des gammes plus abordables mais tout a fait fonctionnelles.

On sait bien que c’est au pied du mur qu’on voit le mieux le mur (citation personnelle, liée à ma capacité naturelle à la proscratination, contre laquelle je lutte constamment ;) ) et l’innovation frugale exploite notre créativité en mettant à disposition des ressources plus que limitées. Au même titre que les guerres ont été des creusets d’innovation, les ressources limitées et l’urgence des besoins catalysent la pensée humaine, qui exploite alors ) plein régime sa créativité dans ces circonstances.

MEDIOCRE MAIS SATISFAISANT

Capture d’écran 2015-07-02 à 14.28.10

Chers poussins, j’ai lu dernièrement un petit livre amusant sur la procrastination intitulé « La procrastination : L’art de reporter au lendemain ». Ecrit par John Perry, un universitaire américain, sa pertinence globale atteignait vite ses limites, dès qu’elle abordait le domaine du travail hors du service public. Néanmoins, quelques éléments sont exploitables pour tous, notamment un d’entre eux, qui a été pour moi, procratinatrice de génie, une véritable révélation.

Revenons à l’origine du problème : le procrastinateur, qui a comme tout le monde des choses urgentes à faire, leur préfère toujours une tâche sans rapport, dont il se persuade qu’elle est plus importante. C’est habituellement le cas de ceux que l’auteur nomme les « procrastinateurs structurés » : ceux qui s’activent sans cesse à mille choses, mais qui rendent toujours leurs productions en retard.

La tâche la plus importante, située en haut de la liste des choses à faire du procrastinateur, permet de placer dessous d’autres tâches moins stressantes, qui vont occuper le temps et retarder le moment de « s’y mettre ». Le procrastinateur structuré n’est donc pas un feignant, loin de là, mais se mettre au travail pour ce qu’on attend de lui lui pose un problème inexplicable.

Plusieurs pistes sont évoquées :

  1. Un refus de la prise de contrôle par autrui : en retardant la mise en œuvre de la mission qu’on lui a confié, le procrastinateur garde une forme de contrôle sur une tâche subalterne
  2. Un perfectionnisme exacerbé : lorsqu’il reçoit sa mission, le procrastinateur fantasme un rendu idéal, un article parfait, un rapport stupéfiant de pertinence, qui restera dans les annales. Et c’est là que démarrent les ennuis ! En tous cas pour moi, qui me retrouve là-dedans à 100 %.

Enthousiaste, je me mets toute seule une folle pression pour élaborer un travail titanesque, au-delà des attentes. Tout d’un coup, forcément, il m’écrase et me terrifie. Résultat : je ne parviens même plus à le démarrer, et il devient la corvée tout en haut de ma liste, à côté de laquelle toutes les autres tâches deviennent plus urgentes ou plus intéressantes. Et je deviens en retard. Et le client me presse. Et je stresse. Et je rends finalement un document bâclé, hors délais, agaçant, et je culpabilise atrocement de la croûte livrée à la place de l’œuvre d’art imaginée.

Pour résoudre ce dilemme, John Perry propose une méthode blessante pour les idéalistes, mais fantastique pour la TO-DO list.

« Fournir, dans les temps,

un travail médiocre,

mais satisfaisant ». 

Médiocre ici ne signifie pas mauvais, mais simplement moyen, dans la norme, correspondant aux attentes.

Tout devient alors plus aisé, et le travail se fait plus facilement. « Dans les temps, médiocre, mais satisfaisant », est beaucoup plus efficace au quotidien que « Terrible ! Mais trop tard » ou « Magnifique ! Mais jamais ».

Arrêter de fantasmer, fabriquer du concret, du productif, et à l’heure. Tant pis pour l’excellence (rêvée), finie la culpabilité ! Bonjour les délais respectés, bonjour la confiance en soi ! Voilà la clé de mon efficacité et de ma sérénité aujourd’hui.

Pour finir, suite à ces réflexions, j’en suis arrivée à une dernière méthode, réservée aux cas désespérés ; je vous préviens, elle est de moi ! Elle consiste à se créer une tâche imaginaire plus vaste et ambitieuse (mais aussi plus enthousiasmante) que celle du travail à effectuer au quotidien. Par exemple, écrire un ouvrage de référence sur un thème spécifique, avec un angle innovant validé par une enquête minutieuse, inédite et spectaculaire. Rien que ça. Et c’est précisément à ce moment que la magie du processus naturel de procrastination se met en marche. D’un coup, les tâches du quotidien sont effectuées avec rapidité et efficacité, à la place de votre grand œuvre pourtant en haut de la liste.

Alors, procrastineurs structurés du monde, réveillez-vous !

Quelle méthode choisirez-vous pour booster votre productivité ?

PROCRASTINER UTILE, C’EST POSSIBLE !

trombones

Je suis comme tout un chacun une grande procrastinatrice. J’ai du mal à me lancer dans la rédaction de grands documents complexes, et hélas, cela constitue souvent la plus grande partie de mon travail. L’analyse de mes forces m’a prouvé que j’étais créative en toutes situations (j’ai de la ressource), mais aussi que l’amour de l’apprentissage me portait en toutes choses.

Ces deux qualités, associées à mes forces les moins “exprimées”, l’auto-discipline et la persévérance, font de moi une procrastinatrice de grand talent. Je sais que je trouverai toujours une solution pour fournir un travail de qualité dans les temps, et à côté de ça je suis distraite par le moindre titre d’article un peu alléchant sur le net. Je vous livre donc aujourd’hui mes trucs et astuces pour contourner et contrer la procrastination, et les jours où ce n’est pas possible, faire de ces moments de non-travail des périodes pas si inutiles que ça.

  1. ACCEPTER LA PROCRASTINATION : accepter la procrastination, c’est déjà ne plus en faire vraiment. Je m’explique : ok je n’ai pas envie de faire ce truc urgent. Pas envie du tout, pas l’énergie, pas envie de réfléchir. Ok. Pas envie, alors je ne le fais pas. Je ne le fais pas, je ne vais pas le faire, je le ferai plus tard. Voilà. Ne serait-ce que s’autoriser clairement, en le formulant, de décider de ne pas faire une corvée ou un travail un peu oppressant, réduit déjà drastiquement l’envie de ne pas le faire. La procrastination est un peu l’esprit de contradiction, aller dans son sens, c’est également s’en affranchir. C’est bon, je vais le faire, maintenant.
  1. COMPRENDRE LA PROCRASTINATION : beaucoup de procrastinateurs sont des rêveurs qui ont besoin d’une phase de maturation pour mettre en oeuvre leur motivation. L’air de rien, la procrastination est un espace de réflexion où sous l’apparence de tâches futiles, de vraies réflexions initiées en amont se développent et s’enrichissent inconsciemment, en “back office”. Il s’agit donc de se prendre le temps de formuler les grandes questions des dossiers en cours ou des problèmes à résoudre de façon très claire, afin que les périodes de procrastination qui suivent soient le théâtre d’un travail inconscient mais bien réel sur ces problématiques. (c’est la version diurne de “la nuit porte conseil”).
  1. ORGANISER LA PROCRASTINATION : n’avez-vous pas remarqué que vous avez du mal à vous lancer dans des tâches complexes et longues à certaines heures de la journée ? Personnellement, impossible de commencer un travail d’ampleur entre 14h et 17h. Mon cerveau est mou. Dommage, c’est une grande partie de mon après-midi (de travail). En revanche, de 8h à 11h du matin, je suis au top de ma concentration et de mon hyperlucidité intellectuelle. Mais ça ne revient que vers 17h. Forte de la connaissance de ce rythme (au bout de quelques années, ça finit par rentrer), je consacre mes matinées aux tâches complexes, et je procrastine utile (voir point suivant) l’après-midi, histoire de ne pas perdre complètement mon temps, puis je reprends le flambeau en fin de journée. A chacun d’identifier ses propres plages d’efficacité pour les exploiter au mieux, et cesser de culpabiliser pendant les périodes “creuses” en énergie, pour rêvasser ou faire des mini-tâches le coeur léger.
  1. PROCRASTINER UTILE : quitte à ne pas faire LA chose à faire, autant en profiter pour évacuer les mille petites tâches moins utiles, mais chronophages. Pendant ce temps, ayez à l’esprit le gros travail à faire et surtout ayez le sentiment de prendre soin de vous en vous occupant CONSCIEMMENT d’autre chose que de votre dossier. Ne vous voilez pas la face. J’écris cet article précisément dans cette circonstance : je fais quelque chose qui me plaît au lieu de faire un travail qui me coûte un peu, mais je le fais en ayant conscience de le faire, sans culpabilité et avec plaisir. Interdiction bien sûr d’aller sur Facebook (on parle de procrastination utile) vous pouvez par contre surfer sur Pinterest, qui est le réseau social le plus inspirant du monde. Il vous apportera toujours quelque chose pour votre travail ou votre réflexion. (J’espère que vous y suivrez les tableaux de l’Oeuf du Neuf !)
  1. REFUSER LA PROCRASTINATION COMME FACADE DE LA PEUR DE MAL FAIRE : produire quelque chose, c’est le soumettre à un jugement. La peur de se lancer dans une tâche vaste peut être bloquante. Ecrasé par l’ampleur de la mission, nous ne savons pas par où commencer, donc nous ne faisons rien, en stressant. La solution, toute simple, mais à garder en tête : séquencer le projet en étapes moins difficiles à réaliser correctement que la tâche dans sa globalité. Tracer son plan sur un bloc-note avant d’attaquer, pour le visualiser. Noter à la main au fur et à mesure ce qui ne doit pas être oublié, et ainsi limiter les risques d’erreur ou d’oubli. Ces mesures faciles mais réconfortantes peuvent vous aider à vous mettre au travail dans un bon état d’esprit.
  1. COMBATTRE DE FRONT LA PROCRASTINATION : parfois, en dépit de ces astuces, l’envie de s’y mettre ne vient pas. On cesse alors le contournement, et on attaque l’adversaire frontalement. C’est la manière forte pour me mettre au travail. Dans un premier temps, je visualise en amont la plage de travail bien délimitée réservée à LA tâche. Puis je coupe délibérément l’accès aux sources de distractions (dans mon cas, sur Internet, mes abonnements à des magazines, et Facebook), grâce à ce petit logiciel très bien fait. Comme je n’aime pas téléphoner, je n’ai pas besoin de couper mon téléphone, c’est même plutôt un confort de m’autoriser à ne pas y répondre. Je me répète ensuite 5 fois ma citation préférée “On se sent bien quand on fait les choses bien”. Je mets cette playlist de David Bowie et c’est parti ! (je me fais une boisson chaude aussi, un très grand café très sucré, mais faites ce que vous aimez…)

Si aucune de ces astuces ne vous permet de vous mettre au travail dans un état d’esprit positif, c’est que votre tâche n’est plus capable de vous apporter du plaisir. A ce moment, c’est peut-être un changement de job ou de métier qui s’annonce … La dernière chance avant cette étape, c’est le job crafting de votre activité !

ça tombe bien, on en parle demain !

Demain, c’est aussi bien… 3 trucs antiprocrastination

pinup procrastination

La procrastination, cet art de tout remettre à plus tard, est fêté aujourd’hui 25 mars (le 20 mars, c’était le bonheur) à l’initiative de David d’Equainville, un jeune éditeur qui a trouvé un remède définitif contre la procrastination : l’accepter. Contre la folie qui voudrait que l’on devienne tous des gens hyper organisés, rigoureux et jamais en retard, il prône même une « procrastination active », comme une forme de résistance à l’esprit du temps. Car il s’agit bien d’une attitude banale et courante que tout le monde pratique plus ou moins. À part peut-être quelques incroyables et merveilleuses de notre entourage, à l’efficacité jamais prise en défaut, qui font avouons-le envie et peur à la fois.

Sans entrer dans le pathos, voici néanmoins quelques astuces antiprocrastination ; faites-en ce que vous voudrez !

 Savoir vraiment ce que l’on veut

Avant d’entreprendre tout changement, il faut s’assurer de ce que l’on veut vraiment. Il est des objectifs que l’on repousse toujours peut-être parce qu’au fond de soi, l’on n’a pas vraiment envie de changer : changer de travail ? Suis-je prêt à me lancer dans une nouvelle carrière ? Il faut faire un examen de conscience. Et là, il vaut mieux renoncer plutôt que de repousser sans fin, afin d’éviter la culpabilité, beaucoup plus consommatrice d’énergie et de créativité qu’un deuil sain. Cela invite à définir de nouvelles priorités et de nouveaux objectifs.

Repérer ses moments de faiblesse

Etre conscient du phénomène. Plus exactement, il faut repérer les moments précis où l’on flanche, ainsi que les idées qui les accompagnent. Le propre de la procrastination est d’être une non-décision. C’est-à-dire qu’au moment où l’on devrait agir, on se trouve subitement et comme par hasard placé devant une autre attraction. Et c’est à ce moment que l’idée furtive du report s’insinue… (vous voyez bien ce que je veux dire…) C’est à ce moment précis, où l’on va basculer dans l’autre activité que celle prévue, qu’il faut mettre en place un système d’alarme intérieure.

 Se fixer des objectifs précis et limités

Procrastination rime souvent avec perfectionnisme. Le propre du procrastinateur est non seulement de remettre à demain mais de se fixer des objectifs irréalistes : d’autant plus ambitieux que l’on s’accorde un sursis et que l’on ne s’engage donc à rien pour l’immédiat. «Je reprends une part de tarte, mais demain, régime strict.» . Et le jour venu de changer vraiment, la barre est fixée si haut que l’échec est pratiquement assuré. Avec ses conséquences psychologiques : l’autodénigrement, la honte, la culpabilité et le découragement. Puis, une fois l’échec digéré, une nouvelle vague d’illusions s’amorce.

 Quoi faire alors ?

 Ce qui est difficile, c’est de renoncer à un plaisir immédiat pour une activité qui paraît ennuyeuse. La bonne méthode consiste à surmonter la difficulté, en réduisant l’effort au minimum. Il vaut mieux se fixer un petit objectif immédiat et facile plutôt qu’un gros obstacle. Si j’ai décidé de ranger mon bureau et classer mes papiers, je vais donc commencer par un exercice simple et immédiat. «Cinq minutes de rangement pas plus, mais tout de suite.» On se surprend alors à dépasser l’objectif que l’on s’était fixé. Le petit changement du jour aura produit une gratification morale : la routine a été cassée, c’est une première petite victoire sur soi. C’est la première récompense : le plaisir d’avoir réalisé quelque chose.

Les spécialistes de la procrastination suggèrent donc de repérer ses pensées récurrentes, ses mauvaises routines et ses moments de faiblesse. Puis il faut établir un plan de changement avec un programme précis (« à partir de demain, je vais améliorer mon anglais » n’est pas un programme précis : combien de temps par jour, à quel rythme, pour quel objectif ?).

Il faut ensuite définir les étapes intermédiaires, les petites étapes quotidiennes. Ensuite, il ne faut pas oublier la stratégie de récompense. À chaque succès, il faut s’accorder un plaisir : un loisir attendu.

Comme la lecture d’un article de l’œuf du neuf !

Bonne Journée Mondiale de la Procrastination !